LES EFFETS DE L’ENSABLEMENT SUR LA PRODUCTION RIZICOLE

Septembre 2001

Résumé Exécutif

 

Introduction

Les effets de l’érosion peuvent être classés en deux catégories : les effets sur les sites érodés et les effets hors des sites érodés. Les effets sur site se traduisent par la perte en terres et le lessivage des éléments minéraux et organiques fertilisants sur les terres agricoles. Les effets hors site, par contre, comprennent le comblement accéléré des barrages, l'ensablement des plaines, la baisse du potentiel de pêche, etc. Dans le domaine agricole, l’ensablement et l’envasement se font durement ressentir au niveau des grands périmètres irrigués, telles les plaines rizicoles du lac Alaotra et de la Basse Betsiboka ou les zones d'aménagement du Bas-Mangoky. Des centaines d'hectares de terres irriguées sont perdues chaque année du fait des brèches et de la sédimentation excessive des canaux d'irrigation.

Bien que l’érosion semble avoir un impact négatif bien évident sur la productivité des rizières, la réalité est plus compliquée. Plusieurs variables qui sont difficiles à séparer les uns des autres agissent sur la productivité des rizières. Malgré les difficultés d’analyse, il s’avère utile d’améliorer les connaissances sur le lien entre l’érosion et la productivité agricole des rizières à Madagascar. Une des méthodes souvent adoptée pour une analyse de ce type est l’analyse du changement de productivité.

L’objectif de l’étude

La présente étude a pour objectif d'estimer, à partir d’une analyse de changement de productivité, les dommages hors site de l'érosion particulièrement les coûts liés à l'ensablement des rizières. Pour cette étude, l’approche consiste à estimer dans un premier temps, à l'aide des modèles économétriques, en isolant l’impact de l'ensablement sur la production rizicole par rapport aux impacts possibles d’autres variables tels que les intrants et la main d'œuvre.

Les résultats des modèles servent à évaluer monétairement les pertes enregistrées par les paysans. Les données utilisées dans cette étude sont issues d'une enquête effectuée auprès de 300 ménages près d’Ambatondrazaka dans la Commune d'Ambohitrarivo. Les raisons de ce choix résident dans l'intensité élevée de l'érosion avec le phénomène des "lavaka" qui a des impacts sur l'environnement et les rendements agricoles. L’échantillon est réparti de façon égalitaire dans six Fokontany, soit 50 ménages chacun.

Les résultats

Le problème d’érosion est établi qualitativement par les ménages selon trois catégories : problème d’érosion très grave, problème suffisamment grave, et pas très grave.

Les effets négatifs de l'érosion sur la productivité des rizières ou des tanety et sur l'ensablement des canaux d'irrigation sont ressentis par plus de 75% des paysans enquêtés dans les deux zones touchées par l'érosion.

Plus de la moitié des exploitants enquêtés (56.3%) ont déjà entrepris des actions anti-érosives spécifiques telles que: le reboisement (eucalyptus, arbres fruitiers), le nettoyage des canaux d'irrigation, la mise en place des canaux de protection ainsi que d'autres comme le protège feu, la mise en place de digue de protection, l'interdiction de feux de brousse, etc.

Le rendement moyen du riz dans les trois zones enquêtées est donné par le tableau ci-après.

 

Tableau: Rendement du riz (tonne/ha)

Zones

Repiquage en foule

Zone très érodée

1,2

Zone moyennement touchée

1,4

Zone non affectée

2,4

Ensemble

1,8

Pour les terrains ensablés, la production enregistre une baisse de 0,18 tonnes par rapport aux parcelles normales, soit une perte de productivité de 5%.

D'après les résultats de l’étude, la perte totale annuelle au niveau des 300 ménages de l'échantillon s’élève à US $ 34 800 et pour le site proprement dit à US $ 390 000. Un ménage enregistre une perte moyenne d'environ US$ 229 dans la zone très érodée et US$ 114 dans celle plus ou moins touchée par l'érosion. Par contre, les ménages dans la zone non affectée enregistrent des pertes très basses à US$ 6.

Implications

Bien que ces résultats ne présentent qu'une partie des effets de l'érosion, on peut d'ores et déjà dire que la perte n'est pas négligeable. En conséquence, des programmes de lutte contre l'érosion devraient être entrepris. Tout d'abord, il faudrait renforcer les actions déjà entreprises par les exploitants agricoles en matière de conservation des sols telles que le reboisement, la mise en place des canaux de protection, etc.

Ensuite, de vastes efforts de sensibilisation des gens contre les feux de brousse s'avèrent aussi indispensables. Mais des problèmes résident concernant les paysans qui tirent leur revenu des forêts (coupe de bois pour faire du charbon à titre d'illustration). De nouvelles activités, n'ayant pas d'impact négatif sur l'environnement en particulier la forêt et génératrices de revenu devraient être envisagées en remplacement de la production de charbon. Par ailleurs, des actions de récupération des terrains ensablés et non cultivés, de réhabilitation des canaux d'irrigation sont aussi nécessaires. Les coûts de ces actions seraient probablement supérieurs aux coûts des pertes agricoles calculés dans cette étude.

En conclusion, des investigations plus poussées devraient être faîtes pour évaluer les bénéfices nets, c'est-à-dire les bénéfices potentiels d'un arrêt de l'érosion nets du coût de ces mesures à prendre, non seulement dans le site mais en dehors du site étudié. L'objectif de ces investigations est de connaître si les programmes sont vraiment rentables ou non.

 

Référence :

SOLONITOMPOARINONY, Joceline Julie. Dommage hors site de l'érosion: les effets de l'ensablement sur la production rizicole. Etude de cas dans la Commune d'Ambohitrarivo. ONE/PAGE, juin 2001.