VALEUR ECONOMIQUE DE L’EAU DE QUALITE AMELIOREE A MADAGASCAR

Septembre 2001

Résumé Exécutif

Introduction

L’accès à l’eau potable propre est problématique à Madagascar. Sur la base d’une enquête représentative au niveau national (Enquête Permanente auprès des Ménages), il est estimé qu’en 1999, moins d’un cinquième de la population nationale a eu accès aux sources d’eau potable propre. Moins de 60% de la population urbaine et seulement moins de 10% de la population rurale peuvent avoir accès à l’eau. Ainsi, pour améliorer l’accès à l’eau, des investissements publics importants seraient nécessaires surtout dans les zones rurales.

De grands changements politiques sont entrepris pour améliorer l’accès à de l’eau de qualité améliorée. Un « Code de l’Eau » a été adopté récemment par le Gouvernement. Le changement notable avec la politique antérieure est que désormais l’eau ne sera plus considérée comme un bien gratuit et que le recouvrement de coût deviendra une part essentielle de la politique de l’eau. Cependant l’effet de cette politique est encore faiblement compris.

Alors que des estimations fiables existent sur le coût d’investissement des infrastructures en eau, il n’existe pas d’estimations financières sur les bénéfices pour les ménages à Madagascar. Par conséquent, les utilisateurs de l’eau n’ont pas d’informations adéquates pour fonder les décisions concernant les tarifs. Si les prix mis en place sont trop bas, les revenus ne seront pas suffisants pour couvrir les coûts d’approvisionnement. Si les prix sont trop chers, les ménages ne pourront pas se permettre l’eau.

Objectif des études

Pour mieux connaître la valeur des bénéfices que l’eau rend aux ménages, deux études économiques ont été organisées à la fin 2000 pour estimer les bénéfices d’une eau de qualité améliorée pour les ménages.

Les objectifs des deux études ont été de déterminer : (1) si les ménages sont prêts à contribuer à la mise en place et au coût de maintenance de leur système d’eau; (2) s’ils sont prêts à contribuer, et combien peuvent-ils payer; et (3) quelles seraient les implications d’un système de recouvrement.

Une des études s’est réalisée en zone urbaine et l’autre en zone rurale. L’étude dans la zone urbaine a pris la forme d’une enquête de 546 ménages dans la ville de Fianarantsoa. Les ménages interrogés ont été sélectionnés d'une manière aléatoire sur la base d’un échantillon stratifié. L’échantillon même a été divisé entre les utilisateurs de l’eau des sources traditionnelles, des bornes-fontaines, et des connections privées. L’enquête dans les zones rurales a été menée dans des villages autour du Parc National d’Isalo. Tous ces villages n'utilisent que des sources traditionnelles et des rivières pour leurs besoins en eau. Sur les 8 villages de l’enquête, 180 ménages ont été interrogés.

Les questionnaires ont été composés de 3 parties. La première section demandait des informations sur le niveau d’éducation, l’âge, la composition familiale de l’interrogé et sur d’autres variables socio-économiques. La deuxième section traitait des utilisations de l’eau par les ménages et leurs attitudes. Une troisième section consistait en une question d’évaluation contingente.

La méthodologie d'évaluation contingente est une méthode de valuation environnementale utilisée pour la valuation des biens publics et privés. Cette technique consiste à demander directement aux consommateurs comment ils réagissent dans certains situations (en demandant pour leur consentement à payer ou accepter).

Résultats de l’étude en milieu urbain

Différentes questions relatives à la qualité de l’eau (couleur, goût, disponibilité…) ont été posées. Les clients de la JIRAMA -- utilisant l’eau des bornes ou des connections privées -- se sont plaint de la couleur de l’eau (rouge ou jaune) ou des problèmes d’odeurs (odeur d’eau de javel). Toutefois, les problèmes les plus cités sont liés à la présence de sédiments au fond des citernes. Le problème de sédimentation est attribuable à deux phénomènes. Tout d’abord les tuyaux du système d’alimentation sont rouillés et doivent être remplacés. Aussi, deux tiers de l’approvisionnement en eau de Fianarantsoa prend son origine du Lac d’Antarambiby. Le niveau d’eau de ce lac a diminué dramatiquement ces dernières années, dû en partie à la déforestation croissante des collines qui environnent le lac.

Le revenu mensuel moyen des ménages interrogés à Fianarantsoa a été estimé à environ 500.000Fmg dont 3 à 7% sont utilisés pour les dépenses en eau. Alors que les enquêtés n’accordent que peu de confiance concernant la qualité de l’eau, très peu d’utilisateurs mentionnent l’existence d’un lien entre la mauvaise qualité de l’eau et les maladies. Seulement 7% de l’échantillon a connu une irritation de la peau et des diarrhées après utilisation de l’eau sans l’avoir bouilli. L'incidence faible de maladies pourrait s’expliquer par la prise de mesures préventives puisque la majorité des utilisateurs de l’eau disent qu’ils bouillent souvent l’eau avant de la boire.

Il est estimé qu’environ 10% de la population a l’eau courante individuellement à Fianarantsoa. Les ménages ayant une connexion individuelle utilisent 5 fois plus d’eau que ceux qui se fient aux sources traditionnelles et borne-fontaines. Il est également intéressant de noter que 65% des utilisateurs de l’eau disent que la qualité de l’eau a amélioré ces dernières années.

Combien sont-ils prêts à payer pour avoir une amélioration de la qualité de l’eau ? Pour déterminer le prix acceptable, deux types de questions de forme consentement à payer (CAP) ont été formulés. Premièrement, dans les cas où ils utilisent l’eau des sources traditionnelles et des bornes-fontaines, les ménages ont été offerts une borne-fontaine tout près et accessible à tout moment sans avoir à faire la queue, de l’eau disponible pendant toute l’année et sans besoin de bouillir avant utilisation. Dans le cas des ménages disposant individuellement de l’eau courante de la JIRAMA, il leur a été offert de l’eau disponible jour et nuit pendant toute l’année, avec un débit suffisant, et sans qu’il soit nécessaire de bouillir avant utilisation.

Pour ceux qui se servent des bornes fontaines, le CAP médian est évalué à environ 40FMG par seau, ce qui implique que si la communauté avait à voter pour un tarif spécifique, 50% n’accepteraient pas un prix qui soit plus cher qu’actuellement.

Les résultats de cette question indiquent aussi que même pour un petit changement de prix, une grande partie de la population ne sera pas capable de payer ; et une grande partie de la population n’acceptera pas non plus de payer pour ce service amélioré de l’eau. Par exemple, une augmentation du prix de zéro à 4 FMG/litre réduirait de 50% le nombre de population qui voudrait payer pour cette amélioration. La tarification de l'eau sous le nouveau « Code de l’Eau » -- doit être conçue avec extrême prudence puisqu’un petit changement de prix aurait un effet désastreux sur la partie pauvre de la population.

Le CAP pour la qualité améliorée de l’eau des bornes-fontaines semble être influencée par quatre facteurs : la quantité utilisée, la distance par rapport à la source, le revenu et l’éducation. La distance s’avère être un facteur fortement influent. Une augmentation de 1% dans la distance à partir de la source augmente le WTP de 1,35%.

Résultats de l’étude en zone rurale

Dans le cas des villages situés autour du Parc national d’Isalo, la plupart des ménages qui ont été couverts par l’enquête tirent l’eau qu’ils utilisent d’une rivière ou d’une source naturelle. Les ménages consomment en moyenne 31 litres d’eau par jour pendant la saison humide et un petit peu plus pendant la saison sèche. La différence entre les saisons semble être liée à une plus grande utilisation de l’eau de pluie pendant la saison humide.

Ce sont surtout les femmes qui vont chercher l’eau : 87% des personnes qui recueillent l’eau souvent ou tous les jours sont des femmes. En moyenne, cela leur prend 12 minutes pour arriver à l’endroit où elles tirent l’eau. Cette eau servira surtout à la boisson et à la préparation des repas.

La plupart des utilisateurs donnent une bonne évaluation du goût et de l’odeur de l’eau des sources traditionnelles. Cependant, 33% rapporte que la couleur paraît « moyenne » ou « mauvaise » dans le système actuel. Pareillement aux zones urbaines, peu de ménages ruraux font un lien entre l’utilisation de l’eau et les maladies.

Etant donné qu’aucune infrastructure d’eau n’a été disponible dans les villages où l’enquête a été effectuée, le CAP a été surtout axée sur la construction et le coût de maintien d’un puits. Le scénario proposé consiste à décrire les bénéfices d’un puits pour le ménage et aussi la mise en place d’un système de recouvrement de coût. Les questions du Consentement à Payer ont été formulées pour un système de « paiement par seau d’eau » ou par un frais fixe mensuel.

Les résultats de ces questions indiquent que le CAP médian -- 50% des ménages seraient prêts à payer cette somme -- est estimée à environ 95000Fmg. Si on applique ce prix à un village de 100 ménages, 47 millions de FMG pourraient être dépensés pour la construction d’un tel puits puisque au moins 50 ménages seraient prêts à y participer.

Le CAP médian pour payer pour l’opération et les coûts de maintenance du puits est estimé à 40 FMG par seau ou 9500Fmg par ménage par mois. Ceci représente près de 5% du revenu moyen d’un ménage dans cette zone. Ces estimations sont comparables aux études entreprises dans d’autres pays.

Le Consentement à Payer des ménages est influencé par le revenu du ménage, la quantité d’eau utilisée et la satisfaction pour le système actuel. Les villages plus riches sont disposés à contribuer pour la construction d’un puits. L’augmentation du revenu conduirait à une plus grande demande pour une qualité améliorée de l’eau. Quant au système de recouvrement de coût pour maintenance ont été également demandées. La plupart des utilisateurs ruraux (87%) préfèrent le frais mensuel par rapport au paiement par seau.

Les implications

Une méthodologie d’analyse de la demande pour les investissements publics. Les résultats de ces études illustrent comment une méthodologie facile, basée sur une enquête d’évaluation contingente peut être utilisée pour évaluer la demande en investissement pour l’infrastructure publique, telle que pour une qualité améliorée de l’eau à Madagascar. Pour les projets d’alimentation en eau il est montré qu’aller dans un village et mener une enquête relativement simple auprès des ménages peut rapporter des informations fiables sur la volonté de la population de payer pour des services améliorés de l’eau.

Recouvrement de coût pour une qualité améliorée de l’eau. Il est clair qu’une portion assez grande de la population, aussi bien en zones rurales qu’en zones urbaines, est disposée à payer une somme supplémentaire pour améliorer la qualité de l’eau. Les utilisateurs traitent l’eau comme n’importe quel autre produit de base précieux dans un approvisionnement court. Le recouvrement de coût est possible même dans les zones plus pauvres, si un système est bien conçu. Les analyses montrent que les clients avec un niveau d'éducation plus élevé, avec un revenu plus élevé, et avec un niveau de consommation de l'eau plus élevé sont prêts à payer plus.

Une attention spéciale à l’égard des pauvres. Les résultats suggèrent également qu’une part importante de la population ne puisse pas payer même pour un petit changement du prix de l’eau. Etant donné que le recouvrement de coût est un élément essentiel du « Code de l’Eau », un système de prix différentiel où les ménages riches subventionnent les ménages plus pauvres, pourrait être approprié. Les services inadéquats d’approvisionnement en eau ont un impact particulièrement défavorable sur les pauvres, surtout dans les zones populeuses à revenus faibles. Ainsi, des efforts particuliers et la mise au point d’une politique sont-ils nécessaires pour répondre aux besoins en eau des pauvres.

 

Références

Razafindralambo, R., Valeur économique de l’alimentation en eau urbaine : Etude de cas sur l’alimentation en eau de la ville de Fianarantsoa, juin 2001

Randriamiarana, Z.B., Valeur de l’amélioration de l’alimentation en eau dans les communautés rurales, juin 2001

Razafindravonona, J., Stifel, D., Paternostro, S., Changes in poverty in Madagascar: 1993-1999, February 2001