Les
Bénéfices de la Protection de l’Environnement: Introduction au Programme
d’Evaluation Economique des Ressources Naturelles
Introduction
Les ressources naturelles comme l’eau, les forêts, les sols, les plages, la faune et flore, apportent des avantages de plusieurs manières aussi bien à la population Malagasy qu’au reste du monde. Selon un raisonnement purement économique, pour maximiser la contribution au développement économique de Madagascar, ces ressources naturelles devraient être assignés en faveur des usages qui apportent le plus de valeur et de bénéfice.
L’économiste considère les prix du marché pour déterminer la valeur d’un bien ou service. La tendance historique, par contre, est que le marché sous-estime la valeur associée à l’utilisation et à la gestion durable des ressources environnementales. Parfois même, il y a défaillance du marché
Lors des vingt-cinq dernières années, il y a eu une explosion des actions de recherche utilisant les méthodes d’évaluation innovatrices pour détecter les valeurs directes et indirectes associées à la protection des ressources naturelles et qui ne sont pas exprimées dans les prix du marché.
L’utilité de ces méthodes modernes d’évaluation n’est pas encore bien reconnue à Madagascar où l’application pratique est encore très limitée. D'autre part, très peu de ce qui s’est fait à Madagascar en matière d’évaluation économique à été réalisé par des spécialistes malgaches.
Dans un perspective de renforcement des capacités des analystes malgaches dans l’application des méthodes d’évaluation de la valeur des ressources naturelles, l’ONE, PAGE, le projet Ilo, l’Université d’Antananarivo et le CFSIGE ont organisé un programme de formation et de recherche appliquée sur l’estimation des avantages de l’environnement à Madagascar. Une trentaine de chercheurs malgaches ont suivi une formation de court-durée en juillet 2000. Suite à la formation, dix études de cas ont été identifiées et formulées. Les thèmes des études reflètent la diversité des problèmes pour la gestion des ressources naturelles du pays et permettent à tester plusieurs méthodes d’analyse économique.
Les études de cas montrent clairement l’utilité des méthodes d’évaluation économique des ressources naturelles en tant qu’outil d’aide à la décision pour les analystes et planificateurs des agences publiques et non-gouvernementales. Le tableau 1 donne la liste des études de cas réalisées. Les rapports des études sont disponibles auprès de l’ONE et sur le site web de PAGE (www.irgltd.mg). Une série de résumés analytiques des études a été aussi élaborée et est accessible sur le site web de PAGE et auprès de l’ONE. Toutes ces informations, y compris les données de base des études, seront disponibles sur un CD-ROM.
Les valeurs provenant des ressources naturelles
Les trois valeurs environnementales qui sont déjà bien reconnues et qui ne suscitent pas trop de débats sont: les valeurs d’usage qui sont générées par l’utilisation directe d’une ressource (la chasse ou la récréation) ou par l’utilisation indirecte en tant qu’intrant à une activité économique (ex : les sols dans l’agriculture); les
Tableau 1 : Les études de cas réalisées dans le cadre
du programme
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1. Les bénéfices sur site de la conservation des sols d’après une approche de changement de productivité. Cas des Hauts-Plateaux de Madagascar, par Lalaina Randrianarison 2. Dommage hors site de l’érosion : les effets de l’ensablement sur la production rizicole. Etude de cas dans la Commune d’Ambohitrarivo, par Julie Joceline Solonitompoarinony 3. Valeurs des produits forestiers autres que les bois. par Haja Andrianjaka 4. Les impacts de la déforestation sur les ménages ruraux à Madagascar : Application de la méthode de coût de déplacement, par Josiane Rarivoarivelomanana et Timon Jules Rakotondraibe 5. Valeur d’une ressource forestière et gestion durable : cas du cedrelopsis grevei (katrafay, par Fano Ramaromanana 6. Valeur économique de l’alimentation en eau urbaine : cas de la ville de Fianarantsoa, par Ramy Razafindralambo 7. Evaluation économique du Parc National d’Andasibe. Application de la méthode d’évaluation contingente.par Tiana Rambeloma 8. Valeur de l’amélioration de l’alimentation en eau en milieu rural. Cas de l’Isalo, par Zaza Burton Randriamiarana 9. Impacts de l’utilisation des combustibles en bois et de la pollution atmosphérique à l’intérieur des maisons sur la santé à Madagascar, par Bako Nirina Faliniaina 10. Le stockage de carbone et ses avantages à travers le Protocole de Kyoto : cas des forêts de l’Est de Madagascar, par Josiane Rarivoarivelomanana |
valeurs d’option qui sont générées à travers la conservation de la ressource afin de garantir l’option de l’exploiter à une date ultérieure; et les valeurs de legs qui peuvent exister si quelqu’un perçoit l’utilité de protéger une ressource pour son utilisation future d’autrui (par exemple les enfants).
Au-delà de ces trois catégories de valeur, il y a aussi les valeurs d’existence qui consistent en des valeurs crées pour des raisons sociales, morales, culturelles ou religieuses. Ces valeurs d’existence sont indépendantes de toute utilisation aujourd’hui ou dans l’avenir.
Comment transformer ces "valeurs" en termes
monétaires
Les méthodes modernes pour évaluer les bénéfices monétaires de la protection des ressources naturelles et qui ne sont pas révélés par le marché, appliquent toujours la logique de prise de décision des ménages. Pour les ménages, la valeur d’un bien sur le marché est déterminée par le consentement des gens à payer un prix donné. Pour les producteurs (entreprises, agriculteurs) la valeur d’un bien est déterminée par le profit qu’ils en tirent.
Ainsi, les méthodes d’évaluation des bénéfices monétaires associés à la protection des ressources naturelles sont fondées, directement ou indirectement, sur le consentement à payer et/ou sur les profits tirés d’un changement dans la qualité ou quantité d’une ressource naturelle.
Les méthodes d’évaluation peuvent être repartis en deux catégories. Les méthodes indirectes – la méthode sur le changement de productivité, la méthode des prix hédoniques, et la méthode de coût de déplacement - sont basés sur les analyses des comportements observés sur le marché pour estimer les bénéfices de la protection de l’environnement.
Le méthode sur le changement de productivité peut être utilisé quand il s’agit d’un bien environnemental, tel que les sols, qui sert comme intrant dans la production d’un autre bien. Dans cet exemple, un changement de qualité ou quantité des sols aurait un impact sur la productivité agricole et, éventuellement, sur la rentabilité de la production agricole.
Cette méthode a été appliquée pour deux études de cas. Une des études mesure les bénéfices sur site des activités de conservation des sols. L’autre étude analyse les coûts hors site imposés par l’érosion associé à la déforestation. Le même raisonnement était appliqué dans une étude d’estimation de l’impact sur la santé associé à l’utilisation des combustibles en bois dans le ménage.
Quand les gens sont obligés de se déplacer pour utiliser ou s’approvisionner en une ressource naturelle, la méthode du coût de déplacement est utilisée pour estimer les bénéfices produits de ces usages. Une des études applique cette méthode pour estimer les coûts de la déforestation sur les ménages de la région de Tsiroamandidy. Cette méthode est fréquemment appliquée en d’autres pays pour estimer les bénéfices des loisirs et des vacances.
Lorsque la valeur ou les attributs d’un service environnemental sont intégrés dans le prix d’un bien, la méthode hédonique est utilisée pour quantifier cette valeur additionnelle. Bien qu’aucun des études de cas n’ait appliqué cette méthode, la logique de la démarche aurait pu être appliquée pour estimer, par exemple, si les coûts induits de la déforestation en amont (en termes de sédimentation) ont un impact sur le prix d’achat d’une rizière en aval. Cela suppose qu’un marché ouvert existe pour l’achat et la vente des rizières.
La méthode d’évaluation contingente est une méthode directe pour estimer les avantages monétaires de la protection de l’environnement. Les enquêtes sont utilisées pour demander aux gens combien ils sont prêts à payer pour un bien ou service. Beaucoup de soin doit être pris dans la structuration de ces enquêtes et il faut respecter les normes déjà développées dans l’application de cette méthodologie au cours des vingt dernières années.
Plusieurs conditions doivent être réunies pour que cette méthode produise des informations exploitables. Cette méthode a été appliquée dans trois des études de cas. Tout d’abord dans les deux études sur les bénéfices des ménages tirés de l’amélioration de la qualité et de la disponibilité de l’eau en milieu urbain et rural. La méthode d’évaluation contingente était aussi appliquée pour une étude d’estimation des valeurs des parcs nationaux par les touristes étrangers.
Au-delà de ces méthodes d’évaluation des valeurs qui ne sont pas exprimées par le marché, il est toujours possible d’estimer la valeur existante ou potentielle des ressources naturelles qui sont exploitées et vendues. Trois études de cas ont suivi cette logique en analysant les quantités et les prix pour une gamme de produits non-ligneux et pour le potentiel en carbone piégé dans les forêts naturelles. Les politiques sur la valeur commerciale internationale du carbone piégé restent à déterminer en fonction des discussions dans le contexte de l’application de la Convention Cadre sur les Changements Climatiques.
Les acquis et résultats
Les expériences acquis à travers l’élaboration, la mise en œuvre et l’analyse de ces études de cas démontrent que les méthodes modernes pour déterminer les valeurs qui ne sont pas exprimées par le marché peuvent être appliquées pour étudier toute un éventail de problèmes à Madagascar. Cela n’est pas surprenant dans la mesure où ces méthodes ont déjà eu des applications à travers le monde entier.
Il est toutefois à noter que ces méthodes ne sont pas des simples recettes pour cuisiner une estimation de la valeur des ressources naturelles. Chaque méthode offre les fondations nécessaires pour s’attaquer à un problème donné. Dans la pratique il faut s’attendre à des obstacles de mise en œuvre qui peuvent être résolus selon un mélange de créativité, de logique et d’intelligence.
Les résultats dans l’application de ces méthodes d’analyse sont les plus fiables quand il s’agit d’une estimation d’un service ou d’un bien que les gens reconnaissent et comprennent. Quand on arrive à bien définir le contexte et l’objectif, les études de cas suggèrent qu’il est faisable de réaliser de telles études à Madagascar avec des budgets modestes pour la collecte et le traitement des données et par des gens ayant une expertise en économie et en analyse statistique relativement modeste.
Les résultats de l’application de ces méthodes peuvent fournir des informations pertinentes sur les coûts imposés par la dégradation des ressources naturelles ainsi que les bénéfices associés avec des projets et des politiques qui cherchent à protéger l’environnement et les ressources naturelles. L’exemple de l’analyse sur l’approvisionnement en eau rural, suggèrent aussi que ces méthodes permettent à chiffrer et démontrer clairement les bénéfices associés avec des programmes d’investissement public.
L’estimation des valeurs d’option, comme la valeur pour protéger les forêts en vue de recherche des substances génétiques (à des fins commerciales ou non-commerciales), reste problématique. De même, les estimations de la valeur d’existence sont toujours un sujet à controverse.