LES BENEFICES DES ACTIVITES DE
CONSERVATION DES SOLS: Le cas des hauts plateaux de Madagascar
Septembre 2001
Résumé Exécutif
Introduction
L’érosion des sols peut avoir des conséquences négatives sur leur fertilité et sur leur potentiel productif. Ces conséquences sont transformées en termes de baisse de rendement agricole et des revenus agricoles. Une attention particulière est à accorder à ce phénomène quand 85% de la population active malgache travaille dans l’agriculture. De nombreux projets à Madagascar vulgarisent des techniques de conservation des sols au niveau des agriculteurs. Ce qui est moins bien connu est l’importance des gains productifs par rapport aux dépenses (en main d’œuvre et investissements) des techniques de conservation.
L’objectif de l’étude
L’étude économique se focalise sur deux points : (1) quels facteurs influent sur la décision d’adoption des techniques de conservation des sols au niveau des agriculteurs ; (2) quel est le changement de productivité associé à cette adoption. Ces informations permettent à mieux comprendre la valeur ajoutée des investissements de conservation des sols.
Les stratégies avec lesquelles les ménages abordent la conservation des sols diffèrent en effet en fonction de leur dotation en facteurs et des contraintes auxquelles ils font face. Les facteurs influents ont été déterminés à travers la méthodologie de changement de productivité. L’approche de changement de productivité a pour objectif de dégager le changement de profit obtenu par adoption d’une technique de conservation des sols sur une parcelle. Ce profit peut être affecté de deux manières : (a) par un changement du niveau de la production (effet direct) ; et/ou (b) par un changement du niveau des intrants utilisés dans la production (effet indirect).
Une enquête, menée au mois d'octobre 2000 auprès de 78 ménages dans la Commune d’Ambohimiadana, qui est un des sites de mini-projets de l’ANAE (Association Nationale des Actions Environnementales), a permis de collecter des données relatives à 358 parcelles des principales cultures sur tanety du site de Tsimahabeomby et ses environs.
Les techniques de conservation faisant l’objet de l’étude concernent le paillage des parcelles avec une couverture permanente (ou zéro labour) et la plantation de haies vives fixatrices sur le contour des parcelles.
Le changement de productivité
Les résultats montrent que l’application du système du paillage sur les parcelles permet d’accroître de 60% la production sur celles-ci (Tableau 1). De plus, l’application du paillage diminue de 40% la main-d’œuvre requise et rend la fertilisation inutile. Le profit ainsi réalisé sur 1 hectare augmente de 137%.
Tableau 1: Changement de revenu
obtenu avec le système de paillage sur un hectare de culture (Fmg)
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Culture sans paillage |
Culture avec paillage |
Economie réalisée |
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Production |
4.045.000 |
6.645.000 |
+ 2.600.000 |
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Coût du travail |
1.530.000 |
918.000 |
- 612.000 |
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Coût de fertilisation |
100.000 |
0 |
- 100.000 |
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Revenu net de la production |
2.415.000 |
5.727.000 |
+3.312.000 |
Le changement de productivité a amené un surplus de revenu net sur 1 hectare de culture de 50% par rapport à une situation sans conservation des sols.
Tableau 2: Changement de revenu
obtenu avec le système des haies vives sur un hectare de culture (Fmg)
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Culture sans haies |
Culture avec haies |
Economie réalisée |
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Production |
4.500.000 |
5.600.000 |
+ 1.100.000 |
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Coût du travail |
1.518.000 |
1.242.000 |
- 276.000 |
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Coût de fertilisation |
100.000 |
60.000 |
- 40.000 |
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Revenu net de la production |
2.882.000 |
4.298.000 |
+1.416.000 |
Les déterminants de l’adoption de la conservation des sols
Malgré les avantages évidents en gains de productivité, l’adoption de ces deux méthodes de conservation de sols n’est pas uniforme. Cette étude indique qu’un niveau d’instruction scolaire plus élevé du chef de ménage et la richesse favorisent l’adoption de techniques de conservation des sols. Il semble que les plus petits exploitants essaient de minimiser les risques face à l'adoption d'une nouvelle technologie. En outre, certaines caractéristiques des parcelles de culture produisent un effet positif d’incitation : une pente faible, un mode de faire-valoir direct et la possession de documents fonciers en tant qu’indicateurs de sécurité foncière. Les petites parcelles sont aussi préférées aux grandes étendues pour réaliser la conservation des sols.
Implications
Une méthodologie économique facile. La méthodologie présentée permet d'évaluer en détail - en tenant compte des caractéristiques des parcelles et des effets directs et indirects - et en termes monétaires, les effets de l’adoption des mesures de conservation de sol. Ce type d'analyse pourrait être répliqué sur d'autres sites.
Les effets économiques sur site de la conservation du sol sont considérables. L’adoption des haies vives, par les quelques 150 ménages de la zone étudiée, pour une moyenne de 0,50 hectares de tanety par ménage, occasionnerait un surplus de revenu de 106.200.000 Fmg (15.600 USD) à la quatrième année. Cet effet est obtenu par un effet direct sur la productivité (12.100USD) et par un effet indirect (3.500 USD), d'une réduction de l'utilisation de la main-d’œuvre et du fumier. Les facteurs de production libérés (travail) pourraient être utilisés pour d'autres activités génératrices de revenus au niveau de la commune.
Contraintes pour l'adoption. Les résultats montrent que les actions de vulgarisation ont eu le plus de succès auprès des ménages aisés et éduqués et sur des parcelles spécifiques (de pente faible, en sécurité foncière). L’incitation des paysans à œuvrer dans une optique de développement de la lutte contre l’érosion nécessite une prise en compte des facteurs qui influencent le plus leur adoption.
Référence :
Randrianarison, L., Les bénéfices sur
site de la conservation des sols d’après une approche de changement de
productivité, PAGE, juillet 2001.