IMPACTS DE L’UTILISATION DES COMBUSTIBLES EN BOIS SUR LA SANTÉ

Septembre 2001

Résumé Exécutif

 

Introduction

A Madagascar, 95,6% des ménages ont recours aux combustibles en bois en milieu rural et 85% en milieu urbain (INSTAT). Cependant, des études menées dans certains pays ont montré que les émissions de ces combustibles en bois contribuent d’une manière non négligeable à la vulnérabilité de l’état de santé de la population. Ces émissions favorisent les troubles respiratoires qui affectent surtout le Tiers- Monde.

Les infections respiratoires aiguës figurent parmi les dix principales causes de morbidité à Madagascar, accentuant la mortalité avec un taux s’élevant à 21,7% en 1998 (Ministère de la Santé).

En milieu rural, les sources de la pollution de l’air se trouvent essentiellement à l’intérieur même de la maison. Entre autres, il peut s’agir du mode d’éclairage (utilisation de bougies ou de pétrole), de fumées de cigarettes, de la pratique de l’élevage à l’intérieur, et surtout des fumées issues de la cuisson quotidienne. Ces dernières sont plus importantes parce que les membres du ménage sont exposés à la pollution qui en provient au moins trois fois en une journée.

Il est d’ailleurs important de noter que le recours à ces combustibles est aussi une importante cause de la déforestation outre la pratique des cultures itinérantes sur brûlis.

Objectif de l’étude

L’objectif de cette étude de cas est d’évaluer les bénéfices d’une réduction de la pollution atmosphérique à l ’intérieur de la maison qui émane en grande partie de l’utilisation des combustibles en bois.

L’étude de cas vise aussi à analyser les liens entre l’utilisation des combustibles en bois dans la maison et l’état de santé de chaque membre du ménage. L’étude constitue aussi un début de mise en place d’une base de données sur la pollution de l’air et la santé en milieu rural.

La Sous Préfecture d’Arivonimamo a été retenue pour mener l’enquête où plus de 90% des ménages y ont recours aux combustibles en bois pour la cuisson. L’échantillon consiste à 320 ménages repartis entre quatre communes dont une est urbaine et trois rurales.

Les enquêtes auprès des ménages ont permis de recueillir des informations sur les caractéristiques des ménages, les modes de cuisson et les énergies utilisées, les perceptions sur la santé et les maladies respiratoires ainsi que des données sur les incidences des maladies respiratoires et les dépenses engagés pour le traitement des maladies respiratoires.

L’étude applique la méthode d’évaluation contingente pour déterminer combien les ménages sont prêts à payer pour éviter les maladies respiratoires. Trois scénarii de maladies ont été proposés aux gens pour détecter comment le consentement à payer varie selon gravité de la maladie.

Les résultats

Bien que tous les ménages utilisent des combustibles en bois, le recours au système des foyers améliorés n’est pas encore développé. Cela signifie que la pollution intérieure issue du mode de cuisson n’est point négligeable.

Parmi les 1500 individus recensés, 43% dont 19% des enfants pensent que leur principal problème de santé porte sur des troubles respiratoires.

L’analyse comparative des comportements des gens par rapport à l’incidence des symptômes des maladies respiratoires indique que la consommation de cigarettes n’est pas un facteur accentuant les maladies.

Les coûts observés en terme de perte de travail sont beaucoup plus importants que les dépenses médicales. L’analyse estime que le coût total annuel moyen pour l’ensemble de l’échantillon (320 ménages) est à 125 millions de Fmg. Si on extrapole ce résultat pour l’ensemble de la population rurale à Madagascar, les coûts annuels associés aux maladies respiratoires sont dans l’ordre de $100 millions. Il y a évidemment un besoin d’entreprendre des études complémentaires pour mieux saisir l’envergure économique de ce problème.

Les ménages sont prêts à payer plus pour éviter les maladies graves (toux aiguë avec asthme). Ce consentement à payer est plus élevé lorsque le ménage utilise davantage de combustibles en bois, surtout parmi ceux qui consomment du charbon.

À partir de ces analyses il est possible de déterminer si les coûts associés aux maladies respiratoires sont plus ou moins que le montant que les gens sont prêts à payer pour éviter ces maladies. D’après ces analyses, seule le bénéfice afférent à une situation de maladie très grave est supérieur au coût total moyen des impacts de la pollution. Ce résultat suggère que les ménages moyens en milieu rural soient trop pauvres pour prendre des mesures de réduction de risque de maladies respiratoires.

Finalement, il faut remarquer que les impacts indirects des maladies ne sont pas calculés. Ces impacts indirects concernent surtout la perte de productivité des adultes que ce soit dans des activités agricoles ou autres.

Les implications

Les analyses coûts/bénéfices de la déforestation doivent dorénavant tenir compte des impacts négatifs économiques dus à l’incidence des maladies respiratoires associées avec l’utilisation des combustibles en bois. La pollution aérienne dans les ménages impose des coûts non seulement aux ménages mais à la société dans la forme des pertes de productivité. D’ailleurs, les résultats indiquent que les ménages sont trop pauvres pour remplacer les combustibles en bois avec d’autres formes d’énergie. Il revient aux autorités publiques de mieux déterminer l’envergure de ce problème et de proposer des programmes d’investissement ou d’autres mesures (subventions, vulgarisation…) pour faciliter une réduction de la pollution atmosphérique au sein des ménages.

Les technologies permettant de réduire la pollution sont déjà disponibles. Pour pallier les impacts on peut améliorer le mode de cuisson et ou rendre plus salubres les conditions d’habitations. Parmi les technologies déjà disponibles sont les foyers améliorés et les énergies alternatives.

Création d’une base de données. Il y a une nécessité de mettre en place un système permanent de collecte et d’analyse des données pour mieux suivre les liens entre la pollution atmosphérique dans les ménages et l’utilisation des combustibles en bois.

 

Références

Impacts de l’utilisation des combustibles en bois et de la pollution atmosphérique à l’intérieur des maisons sur la santé à Madagascar. Par FALINIAINA RABEVOHITRA Bako Nirina, Juillet 2001.